J’ai peut-être encore sauvé une vie

J’ai peut-être encore sauvé une vie

Non, y’a rien de putaclic. On est clairement passé au niveau supérieur avec ce dont je vais vous parler. Il s’agit du don de moelle osseuse. Dis comme ça, ça fait un peu flipper, ouais. En fait, pas tant que ça. Enfin j’vous raconte tout ça en détail.

« Peut-être » parce que bon, je n’ai fait que la première étape, et qu’il n’y a aura peut-être donc jamais de suite.
« Encore » parce que finalement, je sauve des vies tous les deux mois en donnant mon sang. Au passage, je vous rebalance un vieil article sur le sujet. Le premier qui balance un « OK Boomer » prendra pour les autres. Oui, je sais, il est compliqué à lire, mais vous allez voir, vôtre cerveau va vite s’habituer. Si c’est pas le cas, pensez à consulter.

Avant de rentrer dans le vif du sujet, rions un peu à mes dépends.

Boulet un jour, boulet toujours

Quand on m’a rappelé pour prendre rendez-vous, on m’a dit que c’était à Metz. « Vous voyez la gare SNCF, vous voyez le centre commercial pas loin, ben c’est après. »
Ah ben ok, ça va, je vais m’en sortir, c’est facile. En partant du boulot, j’ai été directement à Metz. J’avais une petite heure à tuer, je me pose dans la gare et je regarde un épisode de The Witcher sur mon téléphone. Très bonne série, au passage, je recommande. Bref.

Batterie faible. Merde, j’vais pas pouvoir finir mon épisode. Tant pis. Bon, ben du coup, je vais commencer à y aller tranquillement. J’ai le temps, c’est à dix minutes à pied, et j’ai quarante cinq minutes. Arrivé près du centre commercial, j’ouvre mon gps sur mon téléphone pour regarder où c’est. C’est après le centre commercial, certes, mais ils ont oublié de préciser que c’était à plus de DEUX KILOMÈTRES.

‘Scusez moi…

Il me reste trois pour cents de batterie, je peux pas vraiment me permettre d’utiliser mon téléphone tout le long. J’ai donc été obligé de faire un truc que j’adore (Faux.): Parler à des gens et leur demander de l’aide. 😢
Personne connait la rue que je cherche. Tu m’étonnes, en fait c’est pas au centre ville, c’est à deux putains de bornes. Un mec a été quand même vachement sympa et a regardé sur son téléphone (contrairement à moi, lui est prévoyant et a de la batterie). Bon c’est pas compliqué, tourner à gauche une fois et puis c’est tout droit. Merci mec.

Sauf que vas-y pour juger deux kilomètres quand t’es à pied. Au bout d’un moment, j’ai demandé à plusieurs autres en chemin, personne connait, mais personne à la même bonne idée de regarder sur son téléphone. Et parce que j’ai pas envie de déranger (ou de passer pour le mec qui va leur voler), j’ose pas demander.

Et puis mon intuition a frappé. Je me suis dis que ça devait faire bien deux kilomètres que je marchais. J’ouvre mon téléphone, et là, paf, le chien des chocapics je suis littéralement à vingt mètres.

Moralité: La prochaine fois, regarde la veille ou quelques jours avant et prévoit le truc, espèce d’andouille. Et puis, on sait jamais, achète une batterie portable, ça peut toujours servir dans ce genre de situations. Et pour pas être obligé de couper un épisode en plein milieu aussi. 😉

L’idée de départ

Tain, j’me rends compte que j’ai déjà écris deux pages et qu’on a même pas abordé le sujet de départ.

Ça fait maintenant des années que je donne mon sang, et ça m’a grave plu. Pas dans le sens « c’est fun à faire » (faut pas déconner), mais dans le sens utile, dans le sens de faire quelque chose de totalement désintéressé pour un inconnu, et pour qui c’est peut-être une question de vie ou de mort. Et quand je repense à ça, je me sens bien. Blog ou pas, réseaux sociaux ou pas, je l’aurais fait (je le faisais d’ailleurs bien avant le blog).

Et donc tout naturellement, quand j’ai entendu parler du don de moelle osseuse sur Twitter, par une meuf qui avait elle aussi fait la démarche, ça m’a tout de suite intéressé, et je me suis inscris dans la foulée sur dondemoelleosseuse.fr.
Vous répondez à un petit questionnaire rapide, et puis vous entrez vos coordonnées. Et c’est tout à part attendre qu’on vous rappelle pour fixer un rendez-vous. Quelques jours, quelques semaines, ou quelques mois.

Etape 2: Le rendez-vous

Où je suis donc allé, non sans mal. Ça dure une vingtaine de minutes, un médecin vous explique comment ça se passe, et puis on fait une prise de sang pour déterminer certains marqueurs du sang. j’y reviendrais plus tard.

Tout est expliqué sur le site, mais j’vais vous faire un petit résumé quand même. La moelle osseuse, elle se trouve dans les os. Merci Captain Obvious. C’est elle qui est responsable de la fabrications des globules rouges et blancs et des plaquettes. Autant vous dire que si vous avez un problème avec ça, c’est fini.

Donner sa moelle osseuse permet de guérir les leucémies (maladies du sang). Malheureusement, ça marche pas à tous les coups. On estime que ça fonctionne dans plus de la moitié des cas. Parce que le corps est peut-être une machine super bien faite, elle sait se défendre contre les corps étrangers, mais c’est aussi une de ses faiblesses, quand on cherche çà palier ses défaillances. Pour ceux chez qui ça ne fonctionne pas totalement, tout n’est pas perdu et on peut tout de même se consoler en se disant qu’on leur offre un répit, un peu de temps supplémentaire, qui peut se compter jusqu’en années quand même.

It’s a match ! (Tinder ? Non.)

La prise de sang permet d’identifier certaines caractéristiques de la personne: le groupe sanguin, ainsi que cinq marqueurs, les plus importants en terme de compatibilité (grossière au début). C’est ces marqueurs qui seront comparés à ceux qui ont besoin d’un don de moelle osseuse. D’abord dans son propre pays, puis sur son continent et ensuite dans le monde entier.

Si une compatibilité est trouvée, on va alors faire des tests plus poussés. Déjà, sur son état de santé, et c’est assez drastique. Il faut clairement être en excellente santé, ne pas avoir d’allergies, ni être malade, etc. Logique, on va littéralement détruire le système immunitaire d’une personne pour le remplacer par le sien. Ensuite, les cinq marqueurs du départ se transforment en vingt sept (il me semble). Bon, il n’est pas nécessaire d’avoir une compatibilité de 100%, hein. Si la compatibilité est suffisamment bonne, alors la procédure continue.

Règles et exceptions

On ne peut donner sa moelle osseuse qu’à une seule et même personne (et jusqu’à deux fois si la première a échouée). J’avoue ne pas avoir compris pourquoi. Et j’ai pas pensé à poser la question sur le coup. Il est clair que trouver déjà une personne compatible est de l’ordre d’une sur plusieurs millions, mais s’il y en une deuxième, tout de suite, ou plusieurs années après ? Pourquoi est-ce qu’on ne peut pas le refaire ? Si quelqu’un a la réponse, je suis curieux. Je poserais la question aux médecins si j’en ai l’occasion.

Il y a quand même un cas qui fait exception: Si c’est votre famille. Parce que la compatibilité est forcément meilleure, et puis il est évident qu’on ne va pas vous laisser regarder mourir un membre de votre famille sans rien faire, juste parce que par le passé, vous avez déjà été suffisamment altruiste pour aider quelqu’un d’autre.

Pour des raisons déontologiques, vous ne connaîtrez pas l’identité de la personne qui recevra votre don. C’est un peu logique, hein. Ça me dérange quand même un peu, j’avoue. Pas pour lui faire « payer » le fait qu’il/elle est en vie grâce à moi ou se sente redevable, hein, mais par pure curiosité, même si j’en ai pas « besoin » pour le faire. J’aimerais bien savoir qui en aura profité, et c’est pareil quand je donne mon sang. Vous allez peut-être me trouver un peu horrible de dire ça (mais c’est humain, je suppose), mais je préférerais que ça vienne en aide à une bonne personne plutôt qu’à un meurtrier (et c’est pas pour autant que je voudrais le voir mourir, hein).

Le prélèvement

S’il y a compatibilité, on prend alors rendez-vous pour effectuer le prélèvement.
Y’a deux méthodes. La première, elle fait un peu peur, j’avoue, c’est celle avec la grosse (bien bien grosse, hein) aiguille qu’on te plante dans l’os du bassin sous anesthésie générale. Elle doit pas faire kiffer, celle-là.

La deuxième est moins violente. On te donne des médocs qui vont faire transiter ces cellules depuis la moelle vers le sang. Et puis après, c’est un simple prélèvement de sang par aphérèse, à savoir qu’on te le récupère dans un bras, on prélève les cellules, et puis on te le réinjecte dans l’autre. Il me semble que c’est le même procédé pour le don de plasma ou de plaquettes.

Dans les deux cas, la moelle osseuse se régénère en quelques jours, comme le sang. Le problème, c’est que c’est pas toi qui choisit la méthode mais l’hématologue. 😢 Mais bon, pour la grosse majorité, c’est la deuxième qui est utilisée. Je suppose que ça a à voir avec le sang.

Les risques

Ensuite, on m’a parlé des risques. Parce que, ben, oui, même s’ils sont faibles et rares, il y a des risques. Le médecin a bien insisté sur le fait qu’ils sont présents, comme pour toute intervention médicale. Sauf que, la différence ici, c’est que cette intervention, elle n’est pas pour vous, mais pour l’autre personne. Vous n’avez rien à y gagner, tout à y perdre. C’est pour ça qu’on vous demande de bien y réfléchir à deux dix fois avant de se lancer.

Le consentement

Parce qu’il y a des risques, on lésine pas sur le consentement (certains mecs devraient en prendre de la graine 😉). Parce que c’est quelque chose que tu ne fais pas pour toi mais bien pour quelqu’un d’autre, qui plus est un inconnu, on te demandera à chaque étape du processus si tu es toujours d’accord, soit quatre ou cinq fois au moins.

Il faut même passer par un tribunal et signer un document officiel, ce que, pour le coup, je trouve un peu abusé. Mais bon, j’imagine qu’il y a des bonnes raisons pour le faire, et qu’elles ne sont pas forcément évidentes (pour moi au moins), ou peut-être qu’il y a eu des problèmes judiciaires par le passé.

La suite ?

J’ai eu le rendez-vous, j’ai fait la prise de sang, et maintenant, on attend. Il est possible qu’on ne me rappelle jamais et que ça en reste ici. Ou bien que quelqu’un soit déjà malade et compatible qu’on me rappelle rapidement pour la suite… A suivre.

J’ai quand même décidé d’aller au bout. Perso, j’estime que le positif l’emporte sur les risques, encore plus en ces temps où tant de gens ne voit pas plus loin que leur petite personne. Une fois le rendez-vous fini, je me suis bien évidemment retapé deux kilomètres pour rentrer à la gare et puis chez moi. 😆

(Je ne vous encourage pas forcément à le faire, enfin c’est à chacun de voir pour son cas, parce que ça reste une décision personnelle et importante. Par contre, je vous encourage à aller donner votre sang si vous êtes aptes à le faire, ça oui.)

15 thoughts on “J’ai peut-être encore sauvé une vie

  1. Tout d’abord, un grand merci à toi pour cette photo du bel Alex (que j’ai toujours adoré mater, tandis que je laissais volontiers le Dr Mamour aux autres).
    Bref, tout ça pour dire : bravo!
    J’aimerais donner mon sang, mais des fois, rien qu’une prise de sang me fait me sentir mal, alors je n’ai jamais osé le faire.
    Pour la moelle osseuse, j’y avais déjà pensé mais jamais regardé la procédure, donc ton article m’a été bien utile, donc merci!

    1. Je pense sincèrement (et c’est mon avis personnel absolument pas médical) que c’est une mauvaise idée de vouloir faire un don de moelle si on ne peut pas faire de don du sang. Parce qu’au final, c’est l’étape suivante/supérieure: Y’a aussi des prises de sang et un prélèvement (méthode 2), c’est plus contraignant, plus douloureux, plus risqué.
      Après, certains ne peuvent pas ou ne veulent pas donner leur sang, et personne ne leur en voudra (ou en tout cas ne devrait).

      1. C’est pas faux… mais je dois y aller un jour, essayer, voir comment je réagis… C’est dans ma to do list que je devrais arrêter de remettre à plus tard…

  2. Bravo !
    J’ai fait la même démarche il y a pas mal d’années.

    Le don de moelle osseuse est non rémunéré, comme le don du sang, sauf que ça prend plus de temps, et parfois le prélèvement a lieu assez loin du domicile. Donc c’est vraiment davantage que du don de moelle osseuse, et c’est une limite du système français. La question a été posée à plusieurs reprises quant à une indemnisation pour le transport, et les jours de congé.

    1. Alors, je sais pas exactement de quelle distance tu parles, mais pour moi, c’est Metz donc environ 30km. Après, c’est sûr que si on habite au fin fond de la Creuse… 🤣

      Par contre, alors moi, on m’a dit que si ça devait se faire, c’est considéré comme un arrêt de travail, et donc pas des jours de congés. Peut-être que ça a changé depuis ? (Ou alors on m’a menti 😢)

        1. Je travaille au Luxembourg. Ça existe pas ça ici, ,ou en tout cas, pas pour moi.
          On vit pas dans le même monde. 😉

          1. Je parlais du jour de carence, quand on est salarié. Mais selon ton statut, arrêt de travail = journée de travail perdue.

            Je ne vis pas dans la Creuse 😉
            Le centre où j’ai passé les examens est à proximité, en revanche le centre de prélèvement est à 1h30 à 2h de train ou voiture.

            Tout ça mis bout à bout peut constituer un frein pour le don. Alors qu’il n’y manque de volontaires.

  3. Arf, j’aimerais bien pouvoir donner mon sang, mais j’ai été transfusée il y a plusieurs années. Je ne comprends pas bien pourquoi, vu qu’on m’a « sauvée », je ne pourrais pas donner à mon tour de ma personne. Ce serait le plus juste retour des choses. Un peu les boules, mais c’est comme ça.

    Bizarrement, ce n’est pas une contre-indication au don de moelle, mais de toute façon, quand je lis que ça remplace le système immunitaire de la personne contre le tien… je vois mal des médecins dire à la personne : « alors on vous a sauvé.e, vous avez un tout nouveau système immunitaire maintenant ! …il est défaillant, allez salut, bisous » XD

    Bref, un énorme merci à toi, si ça se trouve, tu m’as sauvé la vie en 2016. C’est un geste qui, effectivement, sauve des vies, tu es un héros des temps modernes. Je ne jette pas la pierre à ceux qui ne veulent pas, ça les regarde et c’est une décision très personnelle, mais ceux qui veulent, peuvent, et font… franchement, big up. Et encore merci.

    1. J’ai pas spécialement écrit cet article pour qu’on me remercie, mais je l’accepte quand même, et même si c’est pas « moi » qui t’aies sauvée, le fait de savoir que c’est le cas pour quelqu’un, c’est agréable. (Bon, enfin j’y pense là, mais je me dis pas non plus tout les jours que je suis un « héros » non plus hein 😅)

      Ouais j’ai du mal aussi à comprendre pourquoi maintenant que finalement, tu vas mieux, tu ne pourrais pas « rendre la pareille ». Mais de la même façon, j’imagine qu’il y a une bonne raison à ça…

  4. Peut-être parce que mon sang est déjà « mélangé » ? Je pense assez souvent au fait de se balader avec le sang d’une autre personne, qui l’a donné sans aucune contrepartie financière ou quoi… c’est assez fou, quand on y pense 🙂

  5. Au fait… mais oui c’est putaclic ! Pour le moment tu n’as sauvé personne avec ta moelle osseuse 😉
    Même si tous les 2 mois tu sauves peut-être plein de vies…

    1. Alors, oui et non. Un peu, peut-être.
      Mais je pars du principe que c’est au moment où j’ai décidé de le faire que tout s’est joué. Et puis, j’ai écris « peut-être » hein. 😉

  6. Un de mes plus grands regrets je pense… Je ne peux pas donner quoi que ce soit alors que, comme toi, j’aimerai bien être « utile » si on peut dire ça comme ça …barf ainsi va la vie ^^ bravo à toi pour cette démarche et merci pour toutes ces explications 🙂

  7. Mon oncle a eu une leucémie, et ma mère était compatible. Mais du coup, l’un des autres frère de ma mère a fait la démarche pour être donneur anonyme. J’ai toujours vu ça comme le seul moyen de « rendre la pareil », même si c’était pas à son propre frangin (puisqu’il n’était pas compatible), même si c’était pour un/e inconnu/e.
    Ca a pris plusieurs années, bien 4 ou 5 ans – au point où il avait un peu oublié qu’il était inscrit – et un jour on lui a dit qu’il était compatible, et il a fait son don. Il a eu le sentiment que c’était à la fois très important, et très banal.
    … Comme un don du sang, finalement !
    Même si là, l’intervention est plus importante.
    Bref.
    C’est bien ce que t’as fait.

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