Mon travail, ce dilemme

Mon travail, ce dilemme

La dernière fois, je vous parlais d’un de mes « goals » dans la vie. Ma future maison. Je parlais aussi d’argent, parce que évidemment, ce rêve à un prix (non chiffré). Qui dit argent dit dépenses travail.

Ou bien, gagner au loto, ou alors héritage. Pour gagner au loto, il faut déjà jouer, et l’héritage implique généralement que quelqu’un qu’on aime meurt. On va plutôt partir sur travail du coup.

La corvée

Mon taf, je l’aime pas. Enfin non, c’est pas tout à fait ça. Je l’aime plus. Je n’ai jamais adoré mon taf, j’ai toujours été de ceux qui travaillaient non pas par passion mais pour le salaire. Mais depuis que je suis arrivé chez Evil Corp il y a trois ans, c’est devenu pire. Et depuis quatre ou cinq mois (un peu avant le confinement donc), c’est devenu encore pire qu’avant.

Je bosse dans l’informatique. Pas du côté matériel, mais logiciel. Je code. Ça, c’est encore une partie que j’aime bien, apprendre des trucs que je connais pas, rechercher pourquoi ça fonctionne pas, la satisfaction d’avoir créé quelque chose. J’ai travaillé sur des technologies plus vieilles que moi, et c’était même assez sympa.

Pendant sept ans, j’ai travaillé à mon dernier emploi dans une filiale d’une petite société américaine. Le travail en lui-même était ok, sans plus, mais y’avait des trucs sympas, comme le fait de travailler avec des gens de l’autre côté de l’Atlantique, qui ont d’autres façons et méthodes de travail, etc. J’avais aussi des collègues super sympas avec qui l’entente était juste géniale, dont un en particulier. On est d’ailleurs toujours en contact.

J’ai choisi de partir parce que y’avait pas que des avantages: On était clairement mal payés et puis parce que en plus d’avoir un meilleur salaire, j’y gagnerais un certain nombre d’avantages non négligeables (tickets resto, plus de congés, plus de jours fériés, bonus, primes). Je savais aussi que j’allais m’y faire beaucoup plus chier, en terme de rythme de travail et de variété de tâches.

Pendant trois ans, j’ai supporté. Le fait est qu’on avait beaucoup de temps libre, j’ai commencé ce blog, j’avais internet avec Twitch, Youtube, etc. Mon supérieur était un mec qui en branlait pas une, et où on avait donc une certaine autonomie. Je faisais mon travail, correctement et dans les temps, et personne ne trouvait rien à redire.

Les gouttes d’eau

Et puis, il y a quelques mois, on m’a changé de service sans même me demander mon avis. Mon supérieur a été viré (ou est parti de lui même, ce qui s’est passé n’est pas très clair). Je suis arrivé dans l’équipe de développement, où mon supérieur est sympa quand même, mais où le rythme de travail est un peu plus élevé. Je ne m’en plains pas forcément, il n’y avait pas que des inconvénients, ça me permettait de changer un peu, de voir de nouvelles choses. Mais la façon dont les choses ont été faites ne m’a pas plu.

S’ajoute à cela le fait que je n’ai pas été augmenté. Pas une seule fois en trois ans, mis à part l’indexation sur le coût de la vie. Je m’en suis plains, j’ai envoyé un mail au CIO (Chief Information Officer, mon super chef quoi). Et là, ça m’a vraiment foutu en rogne. Le mec est arrivé depuis trois mois, et c’est un vrai con (c’est pas juste moi qui le dis, hein). Selon lui, et sur seule base de trois documents Word de deux pages, je cite, je ne fais pas assez, je suis juste un mec qui fait son travail, sans plus. Déjà là, je suis pas d’accord.

Et puis, moi j’estime que c’est pas (que) comme ça que ça marche, que tout le monde devrait être justement rétribué (les concepts d’expérience et d’ancienneté, il doit pas connaitre, enfin je comprends, c’est quand même super difficile à comprendre). D’autant plus quand la banque fait 75 millions de bénéfices par an, ça en devient indécent. Après, je suis d’accord, ceux qui se défoncent à 110% méritent plus, ou plus souvent.

Une autre personne m’a répondu, avec un discours un peu moins « catégorique ». Pour en gros, me proposer d’en discuter, et, je suppose, éteindre l’incendie et rattraper un peu le coup. Mais j’ai bien senti dans le discours que, au final, y’aura rien cette année, on verra l’année prochaine. A ce moment là, pour moi, il n’y avait pas d’année prochaine. J’étais déjà parti dans ma tête. Et je ne ferais plus aucun effort jusqu’à ce moment.

A new foe has appeared

Et puis, entre temps, il y a eu le confinement. Il nous a fallu mous battre pour pouvoir travailler de chez nous, parce que c’est clairement pas dans leur mentalité. Ils ont mis des semaines avant de le mettre en place de manière systématique. Encore une preuve de leur volonté de faire passer les intérêts et les profits de la banque avant le bien-être de ses employés.

Depuis plusieurs mois, donc, je travaille de chez moi. Enfin si on veut. Je ne fais rien. Je passe mon temps sur internet. J’assiste aux meetings (bien trop nombreux mais c’est une autre histoire), je fais le minimum syndical, et si je travaille deux heures sur la journée, c’est déjà exceptionnel. J’ai du mal à comprendre comment personne ne peut voir que les tâches qu’on m’assignent prennent deux à trois fois plus de temps qu’elles n’en requièrent vraiment. Enfin bon, je sais que je ne suis pas le seul, c’est un problème quasi général même dans cette banque, donc après tout…

Mais ma conscience professionnelle me ronge. Je sais que c’est mal, ce que je fais, et du coup, je m’en veux. Pas assez pour me forcer à travailler plus, hein, mais suffisamment pour ne pas en abuser davantage. Du coup, je me refuse à profiter de ce temps pour faire autre chose. Bon j’avoue, il m’est arrivé de faire une petite sieste en début d’après-midi, ou de lire un ou deux chapitres d’un bouquin. Mais je m’interdis de regarder des films ou des séries, sortir me promener, jouer sur mon pc ou ma switch. Donc bien souvent, j’ai l’impression de perdre mon temps, à attendre que le temps passe.

Mes options

Clairement, il est temps pour moi de partir. Oui, mais partir où ? J’ai eu pas mal le temps de réfléchir, et pourtant, je suis toujours bloqué au même point. Voila mes options, de mon point de vue :

Rester le plus longtemps possible tout en faisant le moins possible. Finalement, continuer ce que je fais à l’heure actuelle. Techniquement, ça fonctionne mais je ne tiendrais pas des années. Et puis je peux dire adieu à toute augmentation, promotion, ou même tout simplement m’épanouir dans mon travail. C’est aussi prendre le risque de me faire virer, mais je crois que pour la première fois de toute ma vie, j’ai pas « peur » de perdre mon taf, et de me retrouver au chômage (aussi parce que j’ai l’option suivante).

Retourner tout de suite dans mon ancienne société. Je suis persuadé, pour en avoir déjà discuté avec certains, qu’on m’y accueillerait les bras ouverts. Ce serait plus fun, et donc plus épanouissant. Néanmoins, ce serait probablement au prix d’une diminution de mon salaire, et la perte de tous les avantages dont je dispose à l’heure actuelle.

Trouver un autre travail dans le même domaine. C’est vraiment la pire option pour moi ( mais malheureusement probablement celle que je devrais choisir). Parce que ça implique des choses que je déteste, à savoir postuler à des offres, devoir me vendre, avoir des entretiens d’embauches, arriver dans un environnement inconnu (en terme de travail et de personnes). Tout ça pour faire exactement la même chose et en avoir marre de la même façon après quelques années ? Pff. Et puis autant dire que je suis pas sûr que 2020 soit la bonne année pour changer d’emploi.

Etre au chômage, profiter un peu. C’est une solution tout à fait envisageable financièrement, mais j’y arrive pas. Parce que j’aurais l’impression de régresser, en terme de sociabilité (qui est déjà basse). Et puis, ça va totalement à l’encontre de mon but, dont je vous parlais dans l’article précédent. Enfin, le dernier argument contre ce choix, encore une fois, c’est 2020. Est-ce que c’est vraiment une bonne idée de tout larguer maintenant, alors qu’on sait pas trop à quelle sauce les mois suivants vont nous manger ?

Enfin, il reste la solution radicale, changer totalement de domaine d’activité. J’y ai déjà pensé. Mais partir sans diplôme (plôme), ou devoir s’y former, repartir de zéro (connaissance, expérience, salaire), est-ce que j’ai envie de ça à environ mi-carrière ? En vrai, un peu, oui. Mais déjà, je saurais pas dans quoi, et puis j’ai toujours été une poule mouillée, une vraie chochotte, incapable de prendre un tel risque. A la limite, je pourrais le faire à-coté (soirs, week-ends), mais en ai-je envie ? Il faudrait vraiment que le domaine me passionne.

SEND HELP

Voila mon dilemme à l’heure actuelle. Je ne sais pas quoi faire, je n’arrive pas à me décider, et du coup, je ne fais rien. Alèd.

Note: Je suis retourné au bureau hier et aujourd’hui, j’ai une semaine de congés ensuite et après ce sera une semaine sur deux (comme à l’école, pour respecter les distances). Je bosse un peu plus, et mes interactions sociales ne se limitent plus à parler à mes chats 😅. Mais la réflexion est toujours bien présente. Je vais devoir prendre une décision, à un moment ou à un autre.

4 thoughts on “Mon travail, ce dilemme

  1. Au contraire c’est LE moment pour trouver du taf, il n’y a que ça partout ! La fameuse reprise ! Perso quand j’ai négocié mon départ dans mon ancien taf j’ai déposé mon cv sur monster (ou cadremploi je sais plus) et on m’appelait pour me chasser j’avais littéralement rien à faire (je déteste aussi faire les démarches et passer les entretiens). Perso j’ai opté pour le chômage et j’ai adoré cette période où j’ai enfin profité de faire ce que j’aime. Mais je vais devoir rebosser bientôt, j’ai beaucoup plus envie maintenant que si j’avais enchaîné direct un autre taf. On ne fait jamais rien au chômage, on fait ce qu’on aime sans culpabiliser, nuance. Je conseille a tous ceux qui peuvent se le permettre financièrement de tester ne serait-ce que six mois de chômage pour faire le point. Tiens nous au courant 🙂

    1. J’avais fait Monster il y a longtemps, genre y’a dix ans. On me contactait, oui, mais pour tout et n’importe quoi, y’a rien qui allait. Plus jamais (ça a ptet changé depuis, certes). Je sais pas dans quel domaine tu travaillais, mais dans le mien, il est important de faire de la veille (technologique), parce que ça évolue très vite. Je le fais déjà pas beaucoup, et c’est une erreur de ma part, et je risque de le payer un jour, peut-être là maintenant. D’où ma réticence.

      J’ai été au chômage (y’a dix ans, pendant plus d’un an), et effectivement, c’est une mauvaise formulation de dire qu’on ne fait rien, c’était génial en terme de bien-être, fun et loisirs, et ok en terme financier (assez peu de perte par rapport au salaire que j’avais et donc confortable), mais mentalement, j’ai eu du mal avec le fait de « profiter » du système et la peur de ne pas retrouver facilement derrière (peut-être infondée, mais j’en ai fait l’expérience), et donc retarder mes « envies ». Du coup, je préfère faire le point tout en ayant un taf, même si malheureusement, je le « subis » plus qu’autre chose (ça m’apporte une sécurité et une tranquillité d’esprit).

      Moi, insecure ? Yes, un peu. 😥

  2. Je suis passée par là. Vraiment. Tout ce que tu décris, je vois très bien de quoi tu parles. Quand le réveil sonne le matin et que tu te dis qu’il faut te lever pour aller faire un truc qui t’ennuie, devoir occuper ta journée qui va être trèèèèèèèèssssss longue, te poser mille questions.

    Mon ancien directeur (qui était un conn*** et a fait beaucoup de mal à la structure dans laquelle je travaille – NDLR fonction publique territoriale, petite structure intercommunale, je gère un programme de subventions européennes, le truc hyper technique, auquel personne ne comprend rien et personne ne veut s’intéresser, beaucoup de paperasses, de contrôles, de rigueur pour résumer brièvement) – donc cet ancien directeur m’a fait une sorte de cadeau: il m’a proposé un bilan de compétences, arguant que je n’avais jamais fait aucune formation payante et que la structure pouvait me le payer: ça m’a fait un bien fou.

    Le type qui m’a accompagnée m’a fait procéder en plusieurs étapes. La méthode n’était pas juste de savoir quelles compétences j’avais et quel métier je pourrais faire, mais plutôt qui je suis, quelles sont mes valeurs, qu’est-ce qui est important pour moi. Il m’a aidée à assumer mes ambitions, mes compétences, mes diplômes (j’avais toujours tendance à me rabaisser, enfin bref).

    Le truc c’est qu’en fin de bilan, une nouvelle directrice est arrivée, dynamique, qui veut avancer, et avec qui je partage beaucoup de valeurs et notamment le sens du service public (et pas du « j’en fous pas une et je profite du système » comme l’ancien directeur). Alors certes, on a étudié les possibilités d’évolution, mais la conclusion a été « qu’il est urgent de ne pas se précipiter ». Je résume 5 mois de boulot hein… Mais voilà, j’ai des options, à moi de voir vers quoi je me dirige.

    Bon, le COVID et le confinement sont passé par là, mais sincèrement ça m’a fait du bien. C’est un réseau, ils appliquent une méthode faite par un sociologue, et j’ai aussi fait le MBTI 😉 , ça peut peut être t’aider à y voir plus clair dans ce brouillard où « t’as envie mais t’as peur et en même temps t’en as marre mais t’es pas si mal »

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